Skip to main content

Le 13 mars 2026, Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur et du Centre Jean Gol, a ouvert puis conclu le grand colloque international organisé au Palais d’Egmont à Bruxelles. Dans un discours dense et sans détour, il a posé un diagnostic lucide sur l’état de l’Europe et tracé trois grandes priorités pour lui permettre de reconquérir sa souveraineté en appelant à une Europe dotée d’un véritable président de l’Union capable d’incarner son unité et sa puissance sur la scène internationale.  Dans un esprit de synthèse, il est aussi revenu sur les grands enjeux débattus au fil de la journée. 

Lire l’article de presse – Georges-Louis Bouchez veut revoir les plus hautes institutions : “Il faut un président de l’Union européenne”

« Aimer l’Europe, c’est vouloir la réformer ». L’Europe a les ressources, les talents et le savoir-faire pour être une grande puissance. Ce qui lui manque, c’est la volonté politique d’assumer ce rôle.

Pendant 30 ans, les dirigeants européens ont évité des débats pourtant incontournables. On a critiqué les États-Unis tout en dépendant d’eux pour notre sécurité. On a moralisé la Chine tout en lui déléguant notre industrie et nos matières premières. On a interdit le nucléaire par dogme, puis on s’est retrouvé à genoux face au gaz russe. On a créé des règles sur les règles, jusqu’à étouffer l’innovation.

Le résultat est là, en chiffres : l’Europe ne représente plus que 65% du PIB américain. Seulement 5% du capital-risque mondial dans l’intelligence artificielle est investi en Europe. En cinquante ans, aucune entreprise technologique européenne n’a été créée ex nihilo et dépassé les 100 milliards de capitalisation.

Trois axes : l’innovation et l’industrie, la défense commune, et les grands projets fédérateurs. Trois domaines où l’Europe a tous les atouts et où elle ne s’en sert pas. Son message de clôture est une invitation : aimer l’Europe, ce n’est pas se taire sur ses défauts. C’est avoir le courage de vouloir la transformer.

Discours de clôture de Georges-Louis Bouchez, président du MR et du Centre Jean Gol, prononcé le 13 mars 2026 au Palais d’Egmont à Bruxelles, à l’issue du Colloque international « L’Europe à la reconquête de sa souveraineté ».

Je disais tout à l’heure un changement de gouvernance, des prises de décision économiques, des prises de décision sur le plan sécuritaire, des prises de décision également sur notre capacité à pouvoir réinvestir dans la technologie. Et aujourd’hui je pense que ça doit être ça nos enjeux. L’Europe doit arrêter de se disperser dans une multitude de politiques. Nous devons certainement nous arrêter sur trois axes.

Le premier, c’est l’innovation et l’industrie.

Est-ce que vous savez qu’aujourd’hui, 5% du capital-risque investi en intelligence artificielle au niveau mondial l’est au niveau de l’Union européenne. C’est 50% aux États-Unis, 40% en Chine. On doit pouvoir rééquilibrer les relations. Parce que si l’intelligence artificielle est véritablement la révolution industrielle qu’on nous promet, les chiffres d’investissement actuels ont de grands risques de devenir les chiffres de PIB ou de répartition de richesse mondiale dans le futur.

Alors, investir dans la technologie, remettre les industries, pour ça il faut alléger les règles, il faut diminuer une série de règles, et je pense que les politiques seraient bien inspirés de prendre des lois qui suppriment des lois, plutôt que de tout le temps vouloir en ajouter.

On doit aussi être capables, au niveau fiscal, d’arrêter la moralisation permanente du débat public. Je suis désolé de le dire au risque d’en choquer certains, mais la fiscalité n’a pas pour vocation d’être morale. Elle a pour vocation d’être efficace. Une fiscalité efficace, c’est celle qui n’étouffe pas le développement économique et qui permet à l’État d’obtenir les moyens suffisants pour financer la solidarité et les services publics. Mais systématiquement, si on rentre dans des logiques moralisantes, eh bien vous voyez le résultat. Vous avez une fuite des capitaux, vous avez un moins grand intérêt à pouvoir travailler, et vous ne préparez pas les secteurs d’avenir.

Le deuxième élément, c’est de pouvoir renforcer une capacité de défense commune.

Est-ce que vous savez que de manière globale, la non-intégration européenne coûte 2 000 milliards d’euros chaque année. 2 000 milliards d’euros. Ça, c’est le coût d’avoir des États qui s’organisent de leur côté et qui font des achats publics, qui mènent des politiques publiques de manière totalement isolée, plutôt que de pouvoir les intégrer sur le plan européen.

Il y a un enjeu dans cette intégration militaire, mais aussi une intégration qui doit être plus large, qui est un enjeu de sécurité, mais aussi de pouvoir peser sur la scène internationale. Car comme je l’ai indiqué ce matin, force est quand même de constater qu’aujourd’hui l’Europe fait des déclarations, des tweets et des communiqués, mais que nous sommes totalement absents à Gaza, nous sommes totalement absents en Iran, et pire, nous sommes absents sur notre propre continent, en Ukraine.

Quand le président des États-Unis rencontre le président russe pour discuter de l’avenir de l’Ukraine sans aucun représentant européen, et que les représentants européens ont l’immense bonheur d’être invités à la Maison Blanche pour écouter comme des élèves la leçon du professeur Trump, c’est la parfaite illustration que les bien-pensants qui manifestent aujourd’hui aux abords du salon BEDEX — vous savez, ce salon militaire où on a bien évidemment beaucoup de gens qui condamnent, vous avez d’ailleurs vu une partie de la presse qui essayait de créer un parfum de soupçon autour de ce salon — ces gens seront les premiers à pleurer le jour où le début de leur confort sera menacé.

Alors oui, aujourd’hui, il faut oser dire qu’on doit faire des investissements militaires, qu’on doit structurer notre armée et que nous devons être suffisamment sérieux pour qu’on nous invite à chaque table. Dire ça ne veut pas dire que je suis un amoureux de la guerre, ça veut juste dire que moi aussi je voudrais la paix, et la paix éternelle. Mais j’ai juste constaté, comme beaucoup d’autres, qu’en fait, cette paix, elle n’est pas voulue par l’ensemble des régimes au niveau mondial, et donc nous devons, sans aucun doute, pouvoir y répondre — y répondre avec une supériorité technologique et une capacité à pouvoir agir.

Le troisième axe sur lequel nous devons absolument changer les choses, c’est faire en sorte que l’Union européenne retrouve demain des grands projets fédérateurs.

Nous sommes à la base d’Ariane, d’Airbus. Airbus, aujourd’hui, est le leader mondial en termes d’aviation civile. Qu’avons-nous fait ces dernières années ? Un peu de comptabilité, du budget et un bouchon accroché à la bouteille. Est-ce que c’est ça, les grandes innovations européennes ?

On doit pour ça amener nos entreprises à fusionner et arrêter de penser à des marchés nationaux. On doit penser au marché mondial dans lequel l’Europe doit avoir un rôle. Les décisions qui ont par exemple amené à l’annulation de la fusion entre Alstom et Siemens sont des décisions qui ne peuvent plus se produire dans le futur. Si l’Europe avait un seul champion qui fabrique des locomotives, quel était le problème ? Aujourd’hui, la concurrence n’est pas entre un constructeur allemand et un constructeur français. Elle est entre un constructeur canadien, chinois et européen. C’est ça la réalité dans laquelle nous vivons.

Et donc en tant que libéral, plus que jamais je défends l’économie de marché. Une économie ouverte. Mais si vous êtes en faveur d’une économie ouverte, vous ne pouvez pas aller à la table du poker sans jetons. Si on défend une économie ouverte, on doit aussi défendre des stratégies européennes en termes industriels pour pouvoir rivaliser avec les meilleurs. Et les deux éléments ne sont pas contradictoires. Ça n’est pas du tout contradictoire. Parce que ça nous obligera à être les meilleurs sur le plan mondial et à donc favoriser les consommateurs, la recherche, la technologie et l’industrie.

Je voulais remercier l’ensemble des équipes. Je voudrais vous dire à quel point je suis très fier de ce qu’est devenu le Centre Jean Gol. Et nous allons continuer.

Je voudrais saluer l’ensemble des collaborateurs du Centre Jean Gol pour avoir fait de notre centre d’études — et je n’ai pas peur de le dire — certainement aujourd’hui le centre d’études le plus performant de l’ensemble des partis politiques du pays. Je voudrais également remercier les équipes du SPF Affaires étrangères et du Palais d’Egmont pour nous avoir accueillis dans ce lieu magnifique.

Je voulais bien évidemment vous remercier d’avoir été si nombreux aujourd’hui, c’était vraiment très impressionnant, mais à mon sens, ça prouve aussi que ce sujet est une véritable préoccupation pour nos concitoyens — au même titre que l’amour de l’Europe est beaucoup plus présent qu’on ne le pense.

Aimer l’Europe, c’est vouloir aujourd’hui la réformer, critiquer parfois certains de ses politiques ou de ses structures. Ce n’est certainement pas être sceptique — c’est au contraire faire en sorte que cette Union européenne demeure la plus belle innovation politique de l’histoire.

Je vous souhaite une excellente soirée et un très bon week-end. Merci beaucoup.