Skip to main content

« Bien sûr, je préfère que les gens ne fument pas. Mais s’ils utilisent des produits alternatifs comme des vapes légales ou des sachets de nicotine, le nombre de fumeurs diminue. Nous pouvons en contrôler la qualité et ils génèrent des recettes pour l’État. »

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, ne perd jamais la santé publique de vue, mais il se veut réaliste : « Les gens continueront toujours à vapoter ou à fumer. Dès lors, je préfère qu’ils utilisent des produits légaux et contrôlés qui rapportent de l’argent à l’État belge pour financer la prévention et les soins. Si cet argent part en Chine ou, pire encore, dans les poches de la mafia, nous ne pouvons ni financer des campagnes de sensibilisation ni soutenir notre système de santé. »

Félix et Cédric Rijkers, entrepreneurs anversois, avaient invité M. Bouchez à visiter le site de production de HEXA à Schelle. HEXA est le seul producteur de produits de vapotage en Belgique. Cette marque est leader sur le marché belge et est développée, produite et distribuée par l’entreprise Thribe. Cette entreprise familiale belge, fondée par quatre frères, emploie plus de 120 personnes.

Le président du MR s’est donc rendu sur place pour découvrir les activités des frères Rijkers, qui ont exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences des mesures annoncées pour les produits de vapotage sur leur entreprise et sur le secteur légal belge.

« Je viens écouter les entrepreneurs de ce secteur, alors que le ministre de la Santé refuse de leur parler », explique M. Bouchez. « Écouter ne signifie pas être d’accord avec tout. On ne peut pas traiter ces personnes — qui respectent les règles — comme des criminels. Ce sont des entrepreneurs actifs dans un secteur sensible. Lors du précédent gouvernement, j’ai souvent vu des responsables politiques considérer les entrepreneurs des secteurs des jeux, du tabac ou de l’alcool comme des délinquants. Je ne partage pas cette vision. »

Les vapes et les sachets de nicotine sont moins nocifs et contribuent à réduire le nombre de fumeurs. « Dans les pays scandinaves, ces produits sont autorisés. Là-bas, le nombre de fumeurs a fortement diminué. Alors que chez nous, environ une personne sur cinq continue de fumer. »

Les Pays-Bas, par exemple, ont instauré une interdiction des arômes pour les vapes, à l’exception du goût tabac. « Résultat ? 85% des jeunes utilisateurs continuent à vapoter avec des arômes provenant de Chine, sur lesquels nous n’avons aucun contrôle. Certains de ces produits illégaux contiennent même des pesticides. L’argent part à l’étranger ou dans les poches de criminels. Nous perdons donc sur tous les plans. »

Interdiction totale : une mauvaise idée

Les jeunes aussi achètent ces produits à l’étranger via internet ou dans des night shops qui les vendent sous le comptoir. C’est dangereux pour la santé publique, car il n’y a aucun contrôle. Et l’État perd des recettes précieuses. « Saviez-vous que l’État belge perd environ un milliard et demi d’euros parce que les cigarettes, les sachets de nicotine et les vapes sont achetés à l’étranger ou contrefaits ? », souligne M. Bouchez. « En outre, les mesures à venir risquent de détruire une entreprise belge. Il s’agit de jeunes entrepreneurs devenus leaders du marché par leurs propres moyens. S’il n’existe pas d’interdiction au niveau européen, il est absurde d’en instaurer une en Belgique. »

Des avis doivent encore être rendus à ce sujet, notamment au niveau européen. Mais le Conseil supérieur de la santé estime qu’une interdiction totale n’est pas une bonne solution. « Nous devrons donc en rediscuter. Une interdiction totale donne peut-être bonne conscience, mais elle crée davantage de problèmes : pour la santé des consommateurs, pour les recettes fiscales et pour une entreprise belge qui risque de fermer ses portes. »

« Regardez les accises élevées sur les cigarettes. Un paquet coûte deux fois plus cher en Belgique qu’au Luxembourg, ce qui pousse les gens à aller les acheter là-bas », poursuit M. Bouchez. « La Belgique fait partie des pays européens où l’on vend le plus de cigarettes de contrebande. Résultat : les gens continuent à fumer — souvent des produits encore plus nocifs — et l’État belge perd chaque année des millions d’euros. »

Hypocrisie

« Mes collègues politiques veulent-ils interdire totalement l’alcool et le tabac ? Parlons-en alors. Mais tant que les gens fument ou boivent un verre, nous devons adopter des mesures fiscales pour que ces produits soient achetés en Belgique, et non au Luxembourg ou en France. »

Il règne malheureusement une hypocrisie autour de ce sujet. « Tout le monde sait que les gens fument et boivent, tout le monde sait que des produits illégaux ou étrangers sont utilisés, mais la plupart font comme si de rien n’était », affirme le président du MR.

« Je le dis ouvertement : il s’agit de centaines de millions d’euros que nous pouvons garder dans notre pays. De l’argent que nous pouvons utiliser pour financer des campagnes de prévention afin d’encourager les gens à arrêter de fumer. Je serai le premier à m’en réjouir, mais en attendant, je préfère que l’État garde le contrôle et perçoive les recettes, plutôt que la mafia ou d’autres pays. »

Lire l’article dans La Dernière Heure