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Pendant une heure et demie, le président du MR Georges-Louis Bouchez s’est installé face à Jinnih Beels dans Dwarsliggers, le podcast de Doorbraak. Au menu : libéralisme, extrême droite et extrême gauche, médias, rôle de l’État, voile et Premier ministre Bart De Wever. Ceux qui attendaient l’éternel « enfant terrible » découvrent un président porteur d’un projet libéral assumé et d’un plaidoyer vibrant pour l’optimisme.

« Ce qui compte, c’est ce que vous dites »

Pourquoi trouver de la place pour Doorbraak dans un agenda surchargé ? « Je parle a priori avec toutes les personnes qui acceptent de parler avec moi. C’est la première règle pour un démocrate. » Les interviews classiques, Georges-Louis Bouchez les trouve prévisibles : « C’est toujours le même soap. » Et : « Ce qui compte, ce n’est pas à qui vous parlez ni où vous parlez. C’est ce que vous dites. »

L’extrême droite, il la combat par les arguments, pas par la diabolisation. Il se dit « en totale opposition » avec elle, parce qu’il ne partage pas ses valeurs et parce qu’elle fait du tort à la droite. Mais le Vlaams Belang est le deuxième groupe de la Chambre. « Tu ne peux pas dire à 20 ou 25 % des Flamands qu’ils n’existent pas. » Il préfère démonter son programme : retour de la pension à 65 ans, hausse des allocations, donc hausse des impôts et pertes d’emploi. « Le programme économique du Belang, c’est la faillite de la Flandre. »

Ses électeurs ? « L’immense majorité ne sont pas des racistes. Ce sont juste des gens qui en ont marre du fonctionnement de la société. » Marre de l’immigration illégale et de l’impunité, alors que les gens honnêtes respectent leurs obligations. Georges-Louis Bouchez cite des chiffres : 80 à 90 % des arrestations dans le grand banditisme et le trafic de drogue concernent des personnes en séjour illégal. Sur 100 Algériens en situation illégale arrêtés, un seul est maintenu en centre fermé. Sur 100 Marocains, deux.

Safari des riches

Le PTB organise à Uccle un « rallye des riches », où l’on montre des maisons du doigt. « Imaginez qu’on organise le même safari chez des allocataires sociaux qui trichent ou chez des migrants illégaux. L’indignation serait, à juste titre, énorme. » Le danger est réel : « Qu’est-ce qu’on veut en diffusant les adresses, les numéros de téléphone ? Qu’un jour quelqu’un d’un peu plus fou vienne poser des problèmes. »

Quand Jinnih Beels raconte que des ténors du PTB-PVDA ont refusé de venir dans son podcast, il ne se montre pas surpris. Lui-même a pris la parole en 2013 à ManiFiesta, le rassemblement de la gauche. « Eux ne feraient jamais le chemin dans l’autre sens. Ça montre que ce sont eux qui ont un problème avec la démocratie. » Selon lui, la gauche ne répond plus aux arguments, elle discrédite les personnes : « Ils cultivent la haine contre ceux qui ne pensent pas comme eux. »

Médias de gauche

« La presse est quand même majoritairement de gauche », affirme Georges-Louis Bouchez. Cela se voit dans le choix des sujets : des heures sur le climat, beaucoup moins sur l’immigration illégale, la sécurité ou la croissance. « À chaque fois qu’un journaliste vous parle, c’est pour augmenter les impôts. » Même constat à l’université, très marquée par Bourdieu et le post-modernisme. « Avant, c’était je pense donc je suis. Aujourd’hui, c’est je ressens donc j’ai raison. »

Quatre missions

Selon Georges-Louis Bouchez, la Flandre n’a pas de véritable grand parti libéral. La N-VA est nationaliste, donc étatiste : participation flamande dans l’aéroport de Bruxelles, chèque pour acheter une climatisation. Son credo : baisser les impôts relance la croissance, et la croissance redresse le budget.

L’État a selon lui quatre missions : un enseignement gratuit et de qualité jusqu’à 18 ans, les infrastructures stratégiques (routes, rail, réacteurs nucléaires), la sécurité, la justice et la propreté, et un filet de sécurité, « mais pas un Win for Life ». Aux Pays-Bas, la dépense publique représente 45 % du PIB, chez nous 55 %. « Est-ce qu’aux Pays-Bas les gens vivent plus mal ? J’ai pas l’impression. »

La liberté exige des règles minimales, « sinon, tu tombes dans la loi du plus fort ». Mais aujourd’hui, les pouvoirs publics veulent tout décider à la place du citoyen, surtout en Flandre, jusqu’à moduler la TVA selon que la nourriture est saine ou non. « Si vous avez envie de manger des hamburgers, c’est votre problème. » Alcool, tabac, jeux : informer et encadrer, pas interdire. Légaliser les drogues, il n’en veut pas : le crack rend dépendant dès la première prise, et légaliser la consommation impose de légaliser la production. Inacceptable.

Pour les agents publics, il défend l’interdiction des signes convictionnels. « Un t-shirt du Vlaams Belang, une kippa, un voile, une croix, un t-shirt du PTB : c’est exactement la même chose. » L’enjeu est l’apparence d’impartialité et la neutralité du service public, mais aussi la liberté, par exemple, des petites filles de Molenbeek « de ne pas le porter ».

Enfant terrible

L’étiquette d’enfant terrible ? De la fainéantise de journalistes qui, selon lui, réécrivent chaque jour le même soap. « Bart, c’est le grand leader qui sait tout. Conner, c’est le mec super sympa. Et moi, l’enfant terrible. » Après la victoire électorale de 2024, il a délibérément choisi de rester président plutôt que de devenir ministre.

Premier ministre ? « Je ne le suis pas et peut-être que je ne le serai jamais à cause de ça. Mais je préfère ne pas l’être si ce n’est pas pour le faire autrement. » Plutôt qu’un menu budgétaire de 300 mesures, il mettrait une seule note chiffrée sur la table : « Tu prends ou tu prends pas ? Et sinon, quelle solution chiffrée proposes-tu ? »

Se contenter de chercher 10 milliards, c’est de la comptabilité, pas un projet. Pour la Belgique, il veut viser le top 5 mondial de l’IA, un nouveau réacteur nucléaire, plus d’ingénieurs et de la croissance. Car la base de l’économie, c’est la confiance, et la peur bloque la consommation et les investissements. « Quand tu dois emmener ta population à la bataille, tu ne lui dis quand même pas qu’on va tous mourir. » Dans les sondages, le MR était à 20 % : « J’ai dit à mes équipes : on va faire 30. Et on a fait 30. »

 

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