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L’énergie est la mère de toutes les batailles : c’est autour de cette conviction martelée par Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur et du Centre Jean Gol, que s’est articulé le colloque international « Souveraineté énergétique : sortir des illusions. Bâtir la puissance » organisé à Herstal.

Dès l’ouverture, le Président du Centre Jean Gol et du MR Georges-Louis Bouchez plante le décor : une Europe qui a renoncé à l’objectif d’une énergie bon marché et abondante, une industrie qui perd du terrain, une Union qui a l’énergie la plus chère du monde et qui s’est rendue plus dépendante du reste du globe. Le fil rouge de la journée est posé : sortir des chimères, remettre les lois physiques, l’économie et l’industrie au cœur des choix politiques et assumer une stratégie de puissance.

Le premier panel s’attaque à la question qui fâche : la politique énergétique en Europe est-elle un échec ? Autour d’experts comme Philippe Charlez, Cécile Maisonneuve, Nicolas Brahy et Maxence Cordiez, le diagnostic est sans complaisance. Depuis vingt-cinq ans, l’empilement de paquets réglementaires, de signaux contradictoires et de choix industriels hésitants a conduit à une Europe qui paie son énergie plus cher que ses concurrents, qui a désindustrialisé une partie de son économie et qui a accru sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. Là où les États-Unis et la Chine ont assumé des stratégies cohérentes pour garantir un accès massif à une énergie abondante, l’Union européenne s’est enfermée dans un modèle idéologique qui privilégie les symboles aux résultats.

Le deuxième panel invite à repenser la transition énergétique à l’ère des empires. Les interventions croisent les enjeux climatiques, industriels et géopolitiques : comment concilier ambition environnementale et compétitivité dans un monde où les grandes puissances ne renoncent ni au charbon, ni au gaz, ni au nucléaire ? Les ministres et les experts présents insistent sur la nécessité de sortir d’une vision manichéenne opposant bons et mauvais vecteurs énergétiques. La transition, rappellent-ils, ne peut pas être un facteur de déclassement pour les Européens ; elle doit devenir un vecteur d’émancipation, ce qui suppose de regarder les réalités technologiques et économiques en face plutôt que de se réfugier dans des scénarios irréalistes.

C’est précisément l’objet du troisième panel, consacré au financement de la réindustrialisation énergétique en Europe. Les représentants du monde financier et des grandes entreprises énergétiques y exposent une évidence trop souvent oubliée : la demande en énergie va exploser dans les prochaines décennies et ceux qui investissent aujourd’hui seront largement récompensés, sans nécessairement requérir de subventions massives. Dans la lignée de la ligne libérale assumée par Georges-Louis Bouchez, l’accent est mis sur la nécessité de laisser émerger des modèles économiques robustes, tout en clarifiant le cadre réglementaire et fiscal. Le Mouvement Réformateur le rappelle d’ailleurs : il refuse l’entrée en vigueur au 1er janvier 2028 de mécanismes comme l’ETS2, la REC3 et la PEB4, dont les effets cumulés sur le pouvoir d’achat, la compétitivité et l’attractivité industrielle seraient jugés dévastateurs.

Le quatrième panel est au cœur des choix que l’Europe doit assumer : la renaissance du nucléaire en Belgique et sur le continent. Avec des responsables politiques et industriels de premier plan, les débats montrent que le nucléaire n’est plus un tabou mais un pilier incontournable si l’on veut garantir une électricité décarbonée, pilotable et compétitive. Les intervenants détaillent les enjeux de prolongation des centrales, de nouveaux réacteurs, de petits réacteurs modulaires, mais aussi de filières industrielles et de compétences. Georges-Louis Bouchez, dont les prises de position en faveur du nucléaire ont parfois suscité la controverse, voit dans ce retour en grâce la confirmation que les choix courageux finissent par s’imposer quand ils s’appuient sur la réalité.

Le cinquième panel se penche sur les ressources fossiles et la géostratégie énergétique. Contrairement aux discours qui promettent la fin rapide des hydrocarbures, les experts rappellent que le monde aura besoin d’énergie fossile pendant au moins cinquante ans encore. Georges-Louis Bouchez le dit crûment dans sa conclusion : le « tout à l’électrique » est une pure chimère. Les modèles du GIE eux-mêmes continuent à intégrer une part importante de fossiles. Dans ce contexte, la question n’est pas de savoir si l’on en utilisera encore, mais comment : avec quelles technologies, quelles infrastructures, quels accords internationaux, et surtout quels partenariats stratégiques avec des pays comme les Émirats, l’Arabie Saoudite ou le Qatar. La sécurisation de l’approvisionnement devient un enjeu de souveraineté aussi vital pour l’Europe que pour la Chine ou les États-Unis.

Le sixième panel traite d’un sujet souvent sous-estimé : les réseaux énergétiques à l’heure de la réindustrialisation. Les gestionnaires de réseaux électriques et gaziers expliquent l’ampleur des adaptations nécessaires pour absorber l’électrification des usages, l’essor des renouvelables, la reconfiguration industrielle et l’augmentation de la demande. Là encore, la ligne de force est claire : sans réseaux dimensionnés, résilients et intelligents, les ambitions de transition resteront des slogans. Les intervenants insistent sur l’urgence de simplifier les procédures, de stabiliser les cadres d’investissement et de tenir compte des risques géopolitiques pesant sur les chaînes d’approvisionnement, qu’il s’agisse de câbles, de transformateurs ou de matières premières.

Le septième panel projette le débat dans l’avenir immédiat : l’énergie face au défi de l’intelligence artificielle et des data centers. Ministres, industriels et représentants de grandes entreprises technologiques y décrivent un monde où la demande électrique des infrastructures numériques explose, où les besoins en refroidissement, en redondance et en sécurité imposent des exigences inédites aux réseaux. Loin des discours abstraits, le message est concret : sans stratégie énergétique solide, il n’y aura ni souveraineté numérique, ni attractivité pour les géants du numérique, ni bénéfices pour les citoyens et les entreprises.

Enfin, le huitième panel ouvre la perspective d’une vision énergétique et climatique ambitieuse pour le XXIe siècle. Autour de responsables politiques et économiques, les discussions convergent vers un même point : l’Europe doit cesser de se penser comme un espace de contraintes et redevenir une puissance qui fixe un cap, assume ses choix et mobilise ses ressources. C’est dans cet esprit que Georges-Louis Bouchez annonce les suites concrètes du colloque : un recueil des interventions, un document à vocation politique rassemblant des propositions opérationnelles pour les groupes parlementaires et les gouvernements partenaires, et déjà un prochain rendez-vous consacré à la Chine, à ses enjeux énergétiques, industriels, de sécurité et de souveraineté.

En conclusion, Georges-Louis Bouchez revient à sa formule initiale : l’énergie est la mère de toutes les batailles. Il rappelle que faire de la politique au sens noble, ce n’est pas flatter les illusions, mais confronter chacun à la réalité, même lorsqu’elle est rude. La réalité énergétique, martèle-t-il, est pleine de menaces, mais aussi d’opportunités. À l’Europe de choisir si elle reste prisonnière de ses chimères ou si elle décide, enfin, de bâtir sa puissance.