Il y a quelques mois, le gouvernement fédéral a conclu un accord sur l’emploi qui n’est pas encore entrée en vigueur. Le MR veut accélérer le mouvement et propose un deuxième paquet de mesures afin d’atteindre un taux d’emploi de 80% à l’horizon 2030.

Le président du MR Georges-Louis Bouchez a fait part de ses propositions dans plusieurs médias (Le Soir, Het Laatste Nieuws, La Première et LN24). Il constate d’abord que la Belgique est à la traîne. « Nous sommes parmi les cinq pays européens qui ont le plus faible taux d’emploi. Si Bruxelles et la Wallonie étaient un pays, elles seraient dernières. Et nous sommes un des pays où le taux de déficit budgétaire et de fiscalité est le plus élevé », explique-t-il au Soir.

Pour le MR, augmenter le taux d’emploi est donc une cause nationale qui doit mobiliser l’ensemble des parties prenantes. Cela nécessite en effet de remettre 700 000 personnes au travail. L’impact sur les finances publiques serait énorme : 40 milliards de recettes supplémentaires pour l’Etat, dont 26 milliards de retour direct.

Dans un premier temps, le MR veut donc que les mesures décidées dans le cadre de l’accord sur l’emploi conclu l’hiver dernier soient votés rapidement à la Chambre (il est notamment question du travail de nuit, de la semaine de travail prestée sur quatre jours ou de l’accompagnement vers le retour au travail des malades de longue durée). Mais le MR veut aller plus loin et fait 5 propositions fortes.

  • Compétitivité et pouvoir d’achat

L’inflation est très élevée pour l’instant, ce qui entraîne une série d’indexations automatiques des entreprises. Le MR tient à ce mécanisme qui préserve le pouvoir d’achat des travailleurs. Mais cela coûte très cher aux entreprises. Sans toucher au pouvoir d’achat des personnes, le plus simple pour alléger le coût d’un dépassement de l’indice pivot pour les employeurs est de toucher aux cotisations sociales : une exonération des cotisations sociales employeurs rapporterait 820 millions d’euros à ceux-ci. On peut également imaginer une redistribution des cotisations sociales employés, ce qui représente un montant d’environ 500 millions d’euros.   Ce montant doit être redistribué par le biais d’une réduction de la fiscalité sur le travail. Le MR propose ici d’agir via la quotité exemptée d’impôt, qui passerait à 12 000 euros au lieu de 9000, soit le montant du revenu d’intégration sociale. Un travailleur ne doit pas être taxé avant de gagner l’équivalent de ce que touche un allocataire social.

  • Activation des chômeurs

Le MR propose que tout demandeur d’emploi depuis plus de 2 ans qui refuse sans raisons suffisantes par deux fois un emploi convenable en pénurie ou deux formations conduisant à un emploi en pénurie soit exclu du chômage. Par ailleurs, le droit aux allocations de chômage aurait un aspect davantage assurantiel en étant corrélé aux périodes de cotisations antérieures : après un socle inconditionné de 3 ans, le droit au chômage est directement proportionnel à la période cotisée. Mettre les chômeurs rapidement sur la voie du travail est une opération gagnante pour eux, pour les employeurs et pour les pouvoirs publics. L’assurance-chômage devient ainsi un tremplin pour chacun. Les moyens libérés peuvent être utilisés pour promouvoir la création d’emploi et l’embauche, mais aussi renforcer le suivi et l’accompagnement des chômeurs.

  • Un actif pour l’emploi

Cette mesure vise à encourager les entreprises à engager du personnel plutôt que d’investir uniquement dans des actifs amortissables. Elle part d’un constat simple : si une entreprise automatise une tâche, elle pourra déduire (amortir) le cout d’achat de son actif. Si elle choisit d’engager un travailleur, elle pourra déduire son salaire – mais n’a pas à proprement parler d’avantage fiscal à l’impôt des sociétés qui découle de son choix. Or, le choix d’engager un travailleur coute souvent plus cher qu’investir dans un « robot » ou aller vers une automatisation accrue. Concrètement, l’employeur qui procède à un engagement à partir de juillet 2022, aurait, en plus du salaire déductible du travailleur, un actif amortissable correspondant à 20% du salaire brut (hors cotisation sociale) du travailleur engagé. Cet actif sera amortissable en 5 ans à condition que le poste de travail (et le salaire y afférent) soit maintenu au sein de l’entreprise. Cette mesure a une dimension sociale en se focalisant sur le personnel le plus précaire car le moins qualifié.

  • Accompagnement des malades de longue durée

Ces malades de longue durée sont six fois plus que nombreux que les chômeurs dans notre pays. Il importe d’accompagner leur retour au travail en misant sur une politique de prévention appropriée, en instaurant pour les entreprises une prime de réintégration unique d’un montant de 3600€ qui leur permettra de bénéficier du soutien approprié et sur mesure d’un spécialiste du marché du travail, en faisant en sorte que travailler soit financièrement plus intéressant pour les personnes en incapacité de longue durée (nous proposons d’immuniser une tranche de 30%, c’est-à-dire prester jusqu’à 30% d’heures par rapport à l’horaire temps plein sans diminution de ses indemnités), en informant mieux les médecins sur la valeur ajoutée du travail dans le processus de rétablissement, en examinant la possibilité d’une reprise du travail chez un autre employeur etc.

  • Formation

Le MR propose ici une dispense partielle de versement du précompte professionnel pour les heures affectées à la formation pour les entreprises qui comptent moins de 20 travailleurs, à concurrence de 30% de la rémunération de base imposable. Nous voulons inciter les PME à investir dans la formation de leurs travailleurs en réduisant le coût de ces heures qui paraissent a priori non productives. L’apprentissage tout au long de la vie est important et le marché du travail a besoin de salariés bien formés.

Pour le MR, cette réforme du marché du travail est indissociable de la négociation de l’accord interprofessionnel et de la répartition de l’enveloppe bien-être (responsabilisation des partenaires sociaux) d’une part, et de la réforme des pensions d’autre part.

Georges-Louis Bouchez conclut : « Il y a urgence. La classe moyenne décroche socialement et peut décrocher politiquement si nous n’affrontons pas les problèmes concrètement ».

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