Le MR a une ligne libérale forte. Avec une idéologie ainsi que des positions claires, de la droite au centre-droit. Sur des sujets qui concernent les classes moyennes et populaires. Moins d’impôts, récompenser le travail avec une pension plus élevée, liberté, droits fondamentaux, développement économique, une énergie (nucléaire) abordable et sûre, sécurité, neutralité de l’État. “Je défends avec force la ligne de notre parti”, a déclaré Georges-Louis Bouchez dans une interview à Het Laatste Nieuws. « Être de droite, c’est bien. On ne doit pas avoir peur de le montrer. Nous sommes un parti démocratique avec une ligne et des valeurs claires. Nous sommes fiers d’être des libéraux ! »

« Le MR se bat pour une justice fiscale et sociale pour les classes moyennes et populaires. Les partis devraient se préoccuper des problèmes des citoyens, au lieu de jouer à des jeux politiques. Le contact direct avec les gens, débattre, argumenter, convaincre en utilisant des faits et des chiffres, ce n’est qu’ainsi que nous pourrons ériger une barrière contre les extrémistes et les populistes. Le programme économique du Vlaams Belang ? C’est la faillite de la Flandre ! »

“Maintenant, nous devons à nouveau faire des choix pour l’avenir”, poursuit Georges-Louis Bouchez. « Le progrès dans une démocratie libérale grâce à la confiance que nous avons dans la technologie, la science, l’innovation et la technique. Regardez les avantages de la 5G, des vaccins ou de l’énergie nucléaire. Nous devons également réindustrialiser notre pays et l’Europe afin de renforcer notre position stratégique. »

Découvrez l’interview dans Het Laatste Nieuws

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TRADUCTION DE L’INTERVIEW EN FRANÇAIS :

Être un libéral de gauche en Belgique, c’est comme porter un manteau à Dubai: ça ne sert absolument à rien. 

 

“Être un libéral de gauche en Belgique, c’est comme porter un manteau à Dubai: ça ne sert absolument à rien ». Pour ceux qui en doutaient encore: Georges-Louis Bouchez (35), le président du MR qui fait renaitre les libéraux francophones, est en feu. Les trois quarts du gouvernement Vivaldi s’exaspèrent de lui, mais Bouchez n’en a cure: “Je fais simplement mon travail. La Rue de la Loi n’est quand même pas une plaine de jeu pour petits enfants, si?” 

Lorsque Georges- Louis Bouchez a fait irruption sur la scène politique en 2019, la Flandre hésitait encore entre “ beau morceau” ou “jeune turbulent”. Peu de temps après, le président du MR devenait aux yeux de beaucoup le plus grand saboteur de la Rue de la Loi et ses environs, l’homme qui avait bloqué le premier les formations gouvernementales, et ensuite même le gouvernement. Entre-temps, de nombreux néerlandophones ont trouvé en lui un fantastique porte-parole pour la droite et le seul membre de la difficile famille Vivaldi à encore être à l’écoute des gens. “Pendant tout ce temps, je suis toujours resté le même “ dit Bouchez. “ Je ne joue pas un rôle , je défends le point de vue de mon parti et de ses électeurs.” 

Bouchez nous reçoit dans son bureau à Bruxelles. Le fait qu’il soit fan de formule 1 et encore plus de Lewis Hamilton saute aux yeux: à l’intérieur d’une table en verre est visible une combinaison du pilote et sur une armoire se trouve un de ses casques. 

Avez-vous déjà porté ce casque? 

“ (il rit) Jamais. Je n’y touche pas. Je suis un maniaque. Tout ce qui est dans ce bureau, et également à la maison, a une place précise. Si quelque chose est déplacé de quelques centimètres vers la gauche ou vers la droite, ça me dérange. Ce livre, par exemple, est positionné à dessein de travers sur cette table de telle sorte que le dos du livre soit parallèle à la manche de la combinaison d’Hamilton qui se trouve en-dessous. “

Ça doit être agréable de vivre avec vous. 

“A ce niveau, je suis en effet assez difficile. Mais pour le reste, ça va, je suis cool” 

Ces obsessions disent quelque chose de vous, vous pensez? 

“Ca en a tout l’air, non? (rire). Je suis quelqu’un de précis et de rationnel. Les choses doivent être correctes. C’est la raison pour laquelle je m’énerve si souvent en politique. Je reçois des remarques de collègues qui ne connaissent pas les chiffres ou qui réagissent de manière purement émotionnelle, et malheureusement des comme ça, il y en a beaucoup. » 

Si ça peut vous réconforter, d’autres politiques s’énervent contre vous également. 

« (rit) Mais pourquoi? Le MR attache énormément d’importance aux débats sur les pensions, le marché du travail, les impôts et l’énergie nucléaire. Ce sont des dossiers d’importance capitale et donc nous voulons mener le débat à fond. A cause de ça, nous serions des saboteurs? Nous n’avons encore jamais violé l’accord de gouvernement. Ce qui se trouve dedans, nous le suivons à la lettre. Mais lorsqu’il y a de la marge pour la discussion dans l’accord de gouvernement, nous saisissons cette opportunité, c’est sûr. »   

« Est ce que je suis un saboteur si je demande que le Covid Safe soit supprimé le plus rapidement possible? Nous n’avons jamais été des partisans, mais aussi longtemps que c’était nécessaire, nous avons soutenu la mesure. Mais maintenant cette chose doit progressivement disparaître pour de bon. Cela impacte nos libertés fondamentales. 

“Cela me préoccupe, la liberté des gens. Celle-ci est mise de plus en plus sous pression. Cela a commencé avec le 11 septembre: afin de combattre le terrorisme, nous avons du renoncer à une partie de nos droits. Ensuite a suivi la lutte contre la fraude fiscale. Deux fois par an, le fisc peut contrôler le solde de nos comptes en banque et sans le MR ils auraient même pu avoir accès à nos transactions. Et maintenant c’est dans le domaine de la santé avec le Covid Safe Ticket. En dépit de cela, le ministre PS Pierre-Yves Dermagne voulait donner accès aux assureurs à nos dossiers médicaux sans consentement nécessaire des personnes concernées. » 

« Les libertés que nous avons acquises depuis la deuxième guerre mondiale sont à nouveau démantelées. Et cela s’arrête ou? La lutte contre le réchauffement climatique devient très importante. Est-ce que nous allons pour autant contrôler ou suivre à la trace les déplacements des gens ou leur consommation de viande? Je suis sûr que certains défendront ça, au nom de l’efficacité mais vers quel type de société évoluons-nous alors? Une démocratie n’est par définition pas la manière la plus efficace de gouverner mais c’est bien la forme de gouvernement qui procure le plus de bien-être aux gens. La Chine par exemple, elle est efficace et nous l’avons encore vu pendant la crise du coronavirus. Mais à quel prix? Dans chaque lutte que nous menons, que ce soit maintenant pour l’environnement, contre le terrorisme, un virus ou la fraude fiscale, nos libertés individuelles doivent primer. »

Avons-nous en Belgique perdu déjà trop de libertés individuelles d’après vous ? 

« Pour moi, oui. Ce n’est pas encore dramatique, mais nous devons cependant être vigilants et nous devons oser faire marche arrière quant à certaines limitations de nos libertés individuelles que nous connaissons aujourd’hui. Si cela ne dépendait que du MR, il y aura bien plus de respect pour la vie privée, également en matière bancaire. » 

« Toutes ces mesures qui limitent nos libertés individuelles engendrent énormément de frustration au sein de la population. Et après on se demande comment le Vlaams Belang ou le PTB ont des résultats aussi élevés. Personne ne semble comprendre comment s’attaquer à ces partis extrêmes. » 

Personne, sauf vous? 

(Il sourit)

Cela suffit comme réponse, non? 

« (il rit) évidement je crois en ma méthode. Afin de résoudre le problème des populistes, il faut faire deux choses. En premier lieu, il faut revenir à l’essence même du message. Les politiques et les journalistes sont beaucoup trop occupés avec les petits jeux de la Rue de la Loi. Le débat politique est complètement dominé par des niaiseries qui n’intéressent personne. Les gens, ils veulent des solutions. 70% de la population est en faveur du maintien du nucléaire, mais une famille politique s’y oppose. Malgré ça, la question n’est toujours pas tranchée car les autres partis de gouvernement trouvent plus dommageable de brusquer un peu Ecolo et Groen que de nier les aspirations de la population. » 

« Deuxièmement, il faut débattre. Si j’étais un politique flamand, je débattrais chaque semaine avec le Vlaams Belang. C’est un parti qui peut être démasqué très facilement. Pas en disant qu’ils sont mauvais et que les gens qui votent pour lui sont méchants, parce que ça, ça ne fonctionne pas, mais simplement en disséquant leur programme. C’est presque un copier-coller du manifeste du Parti communiste des années 80. Si la Flandre veut redevenir pauvre et veut perdre son statut de région de pointe en Europe, alors elle doit voter pour le VB. Mais dire cela nécessite effectivement un plus grand engagement que de simplement jouer des petits jeux politiques de stratégo. »

En fait, vous faites un peu la même chose que le VB et le PTB. Vous êtes le premier des partis traditionnels à être revenu à une ligne idéologique claire. 

« Vous avez parfaitement raison. Je suis convaincu que les partis démocratiques sauveront la démocratie et se sauveront eux-mêmes s’ils prennent à nouveau une position claire. Les partis traditionnels sont restés coincés au début des années 2000: à l’époque, il y avait assez d’argent, c’est donc beaucoup moins difficile de gouverner avec des grandes coalitions. Et il est vrai que les élections étaient davantage gagnées au centre. 

 « Mais le monde a énormément changé, la jeunesse est devenu plus radicale, et il faut à nouveau vraiment faire de la politique. Les décisions doivent être prises et une direction doit être donnée. C’est ce que les gens attendent. Mais cela, les partis traditionnels ne l’ont toujours pas compris. » 

« Si ton choix se porte sur le MR, tu sais par exemple que nous sommes favorables au progrès. Nous croyons à l’énergie nucléaire et à la 5G mais aussi dans le big Pharma. Voilà, c’est clair. Pour Raoul Hedebouw, le big Pharma c’est mauvais mais qui nous a sorti de la crise du covid? Hedebouw? Ou les Pfizer’s de ce monde? 

Serait-il possible que vous ayez tous les deux raisons, Hedebouw et vous, quant à ces géants pharmaceutiques? La vérité n’est-elle pas quelque part au centre ? Ou la nuance elle-même appartient-elle au passé ?

 « Je ne suis pas opposé à la nuance. Mais à la base du raisonnement, c’est d’abord le principe. Je ne condamne pas les big Pharma, je trouve que c’est un bon système. Point. Et alors dans un second temps vient la nuance: s’il y a des abus ou de la fraude, alors nous devons intervenir. Avec la globalisation, c’est exactement la même chose. Par principe, j’y suis favorable. Mais cela ne veut pas dire que je ne vois pas que notre pays a un besoin urgent de se réindustrialiser si on ne veut pas devenir dépendant des pays tiers. Le système est bon mais s’il penche trop d’un côté, on doit le corriger. »

Le VB et le PTB ont plus facile que vous à tenir une ligne. Ils ne doivent pas faire de compromis. Vous bien, mais vous n’aimez pas trop ça. 

« Et alors? La politique belge est amoureuse du compromis. La plupart des partis traditionnels vient à la table des négociations en pensant déjà au compromis. En amont, déjà dans leur programme, se trouvent des compromis. Car ils ont peur que s’ils font autrement, la collaboration avec untel ou un untel sera plus difficile. Alors qu’en fait, il faut toujours viser la victoire la plus large possible, aussi bien au niveau des élections qu’à la table des négociations. Je ne mets pas d’eau dans mon vin avant de commencer, je vise toujours le 100%. Celui qui est prêt, avant même que ça commence, à payer prix, celui-là il est mort. »

D’après vous, il y en a beaucoup qui sont morts en politique belge. 

« Parler des résultats des partis traditionnels flamands ne suffit pas? Ils obtiennent encore difficilement 10 à 15% des voix. Tu n’es pas encore mort à ce niveau là mais tu es bien malade. Et que font ils? Ils attendent un miracle. Il faut au contraire clarifier son positionnement et agir en fonction. »  

« Je sais que je n’obtiendrai pas les 100%. Je le sais très bien. Je n’ai pas de difficulté avec le compromis. Mais je fais toujours tout pour engranger le plus de choses possibles. C’est le cas par exemple sur le nucléaire, dans le débat sur le port du voile, ou encore sur les avantages des footballeurs. Soi-disant, tous des combats perdus. Selon certains, je me suis même comporté comme un emmerdeur pour me profiler. Alors que je faisais simplement mon travail. » 

«  La Rue de la loi, ce n’est tout de même pas une plaine de jeux pour enfants? Je suis en politique pour défendre le point de vue de mon parti, pas pour me faire des amis. Je n’attache aucune importance à ce que Conner Rousseau pense de moi ou de mes idées. Je suis là seulement pour les citoyens qui me font confiance. Mais quand tu regardes les infos politiques, cela donne parfois l’impression de regarder les « Feux de l’amour » ou « Thuis ». A est fâché contre B, X a rompu avec Y… C’est juste débile. »

Avant, les élections se gagnaient au centre vous disiez. Le MR n’est plus un parti centriste? 

« Le MR a toujours été un parti allant du centre-droit à la droite. La seule chose que je fais, c’est que je défends de manière plus vocale ces valeurs traditionnelles que les années précédentes. Les gens qui disent que je fais dériver le MR vers la droite n’ont jamais écouté un discours de Jean Gol. En comparaison avec lui – son portrait est derrière mon bureau – je suis une figure plutôt centriste. 

« Et puis, je suis aussi volontiers de droite. C’est bien d’être de droite. Je ne comprends pas pourquoi la gauche a toujours cette aura de supériorité morale et intellectuelle quand tu vois le nombre d’erreurs commises lorsque des choix de gauche ont été faits. Leur pensée n’est par ailleurs absolument plus rebelle, c’est devenu ultra-conformiste. Les vrais rebelles, on les trouve à droite maintenant. » 

« En Wallonie, nous sommes aussi le seul parti qui offre une alternative de droite. Nous sommes indispensables. C’est simple, être un libéral de gauche en Belgique, c’est comme porter un manteau à Dubai: ça ne sert absolument à rien.

Vous n’en voulez donc pas du tout à Jean-Luc Crucke, le ministre wallon MR du budget et des finances qui a démissionné il y a deux semaines car il trouvait que la direction que vous donniez était trop à droite. 

« (il rit) un libéral de gauche c’est inutile, c’est ça que je veux dire. Bien entendu, il y a à l’intérieur du parti de l’espace pour les divergences d’opinions mais lorsque le parti choisit collectivement une direction, et que quelqu’un ne se retrouve pas dans cette direction, alors il y a un problème. Et la vision de Jean-Luc Crucke sur des dossiers importante comme la migration, l’énergie nucléaire ou la fiscalité s’écartait effectivement de la direction choisie par le MR. Le fait qu’il ait démissionné plaide pour lui. Je trouve cela honnête. 

L’Open VLD est-il d’après vous un parti libéral de gauche, et donc inutile? 

« La direction qu’a choisie et qu’imprime Egbert Lachaert est très proche de la nôtre et celui-ci fait tout pour faire des libéraux flamands à nouveau ce parti de centre-droit qu’il a pratiquement toujours été. C’est la direction qui a été choisie par les militants, comme chez nous. Nous formons maintenant ensemble une famille très forte, nous avons même organisé ensemble un congrès commun. » 

« C’est même grâce au MR et à l’Open Vld que ce gouvernement ne penche pas trop à gauche. Que ce soit sur l’énergie nucléaire, les pensions, la remise à l’emploi, le CST, un commissaire de gouvernement portant le foulard, nous pesons sur les décisions et les politiques menées. 

C’est très sympathique de votre part d’inclure l’Open Vld, mais on a pas beaucoup entendu votre collège Lachaert se bagarrer comme vous. 

« Je comprends très bien que c’est un peu plus difficile pour les libéraux flamands de défendre un cap libéral car le Premier Ministre est issu de leur parti, mais je pense qu’entretemps, tout le monde a pu constater qu’Egbert prend des positions marquées. Nous n’avons pas le même style mais nous défendons le même projet de société. » 

Vincent Van Quickenborne a dit dans une interview dans ce même journal que le MR voulait de moins en moins dire « Mouvement Reformateur » mais davantage « Mouvement Réactionnaire ». Il n’a, en d’autres termes, rien compris?  

« C’était très peu de temps après le nouvel an, peut-être qu’il avait encore un petit mal de tête ? (Il rit). C’est de cela dont je parlais avec les petits jeux politiques. Van Quick sait parfaitement que nos programmes se rejoignent à 90%. Pourquoi dit-il quelque chose comme ça? Nous en avons discuté depuis et il n’y a plus de problème. » 

Vous cherchez un nouveau nom pour le parti. Deviendrez-vous le premier Premier Ministre issu de ce nouveau parti? 

« Un politique qui occupe mes fonctions qui vous dit qu’il ne veut pas devenir Premier Ministre, il ment. C’est aussi simple que ça. Mais ce n’est pas mon objectif. J’en ai deux: faire en sorte que ce gouvernement aille au bout de l’aventure en 2024 et ensuite gagner les élections afin que nous puissions peser encore davantage sur les politiques menées. Ce qui se passera ensuite, nous verrons. 

Ce n’est pas parce que vous voulez devenir Premier Ministre que vous vous donnez autant de peine afin de défendre votre point de vue en Flandre? 

« Cela n’est pas lié. Mais je peux quand même difficilement dire que j’aime la Belgique et ensuite nier la moitié de la population, si? J’aime aussi les flamands. Au niveau de la mentalité, je pense parfois que je suis même plus flamand. » 

SANDER VAN DEN BROECKE